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La monarchie de Juillet (1830 - 1848)

CHAPITRE TROISIEME : Une monarchie de plus en plus parlementaire ? (mars 1835 à octobre 1840) 

 

II : Le premier ministère Thiers (février à septembre 1836)

           

            1° La constitution du nouveau gouvernement (février 1836) – Le ministère Broglie ayant présenté sa démission à Louis Philippe, le roi des Français se retrouva contraint de chercher un nouveau premier ministre.

 

Ainsi, dans un premier temps, Louis  Philippe se rapprocha d’André Dupin, leader du Tiers parti, qui avait grandement contribué à renverser le ministère Broglie. Toutefois, ne trouvant pas suffisamment d’hommes reconnus afin de constituer un nouveau gouvernement, Louis Philippe, échaudé par la triste expérience de novembre 1834[1], décida alors de se tourner vers Thiers.

Adolphe Thiers, par Honoré DAUMIER.

 

 

Ce dernier, acceptant la proposition du roi, forma alors un nouveau gouvernement.

Ainsi, Camille Bachasson, comte de Montalivet[2], reçut le ministère de l’Intérieur ; Antoine Maurice Apollinaire, comte d’Argout, fut nommé ministre des Finances[3] ; Paul Jean Pierre Sauzet[4] reçut le portefeuille de la Justice ; Hippolyte Philibert Passy[5] celui du Commerce et des Travaux publics ; Privat Joseph Claramont Pelet, comte Pelet de la Lozère[6], celui de l’Instruction publique.   

Le comte de Montalivet, le comte d'Argout, Paul Sauzet, Hypolyte Philibert Passy, et le comte Pelet de La Lozère.

Par ailleurs, le maréchal Maison conservait le ministère de la Guerre, et l’amiral Duperré celui de la Marine.

A noter enfin que Thiers, outre son poste de premier ministre, s’attribua le portefeuille des Affaires étrangères.

 

Le nouveau gouvernement, bien que conservant une partie des anciens ministres (Thiers, Maison et Duperré.), s’ouvrait toutefois vers le centre-gauche, accueillant en son sein plusieurs membres du Tiers parti (Sauzet, Passy et Pelet de la Lozère.).

Mais ce faisant, Louis Philippe et Thiers se séparaient des doctrinaires (mouvance de centre-droit dont le membre le plus éminent était Guizot.), fidèles au nouveau régime depuis 1830.

 

            2° Les réformes du ministère Thiers (février à juillet 1836) – Suite à la nomination de Thiers, la Chambre des députés repoussa le projet de réduction des rentes (qui n’avait été qu’un prétexte pour évincer le duc de Broglie.).

 

a) Un projet d’alliance avec l’Autriche ? : Thiers, quant à lui, avait pris le portefeuille des Affaires étrangères afin de mettre en place une alliance avec l’Autriche (ce qui permettrait à la France de s’affirmer face à l’Angleterre.). L’objectif du premier ministre était ainsi de marier Ferdinand Philippe d’Orléans (fils du roi des Français.) avec Marie Thérèse, cousine de Ferdinand I°, Empereur d’ Autriche[7].

Ferdinand I°, Empereur d'Autriche.

 

Toutefois, Klemens Wenzel Nepomuk Lothar von Metternich, diplomate autrichien, et Frédérique Sophie Dorothée Wilhelmine[8], princesse de Bavière, se montrèrent hostiles à une telle union (non seulement ces derniers ne souhaitaient pas reproduire les évènements qui avaient eu lieu avec Napoléon[9] ; en outre, la monarchie de Juillet était considérée comme un régime trop peu solide.).

Le prince de Metternich, anonyme, milieu du XIX° siècle, château de Versailles, Versailles (à gauche) ; Frédérique Sophie Dorothée Wilhelmine, princesse de Bavière (à droite).

 

Finalement, Ferdinand Philippe épousa en mai 1837 Hélène, princesse de Mecklembourg-Schwerin (fille d’un prince allemand, la jeune femme était la nièce de Frédéric Guillaume III, roi de Prusse.).

L’alliance était convenable mais n’avait pas l’éclat d’une union matrimoniale avec l’Autriche.

Ferdinand-Philippe d'Orléans, duc d'Orléans, prince royal, par INGRES, milieu du XIX° siècle (à gauche) ; et son épouse Hélène de Mecklembourg-Schwerin, portant son fils aîné, le comte de Paris, par WINTERHALTER, milieu du XIX° siècle (à droite), château de Versailles, Versailles.

 

b) L’attentat d’Alibaud (25 juin 1836) : Louis Philippe, en fin d’après midi, quittait les Tuileries avec sa sœur et son épouse, lorsqu’un coup de feu éclata non loin du carrosse qui transportait le roi des Français.

Le prévenu, un ancien sous officier du nom de Louis Alibaud, fut rapidement arrêté et emprisonné. Le jeune homme, condamné à mort en juillet 1836, fut alors guillotiné peu de temps après.

 

Suite à l’attentat, Thiers craignit que l’inauguration de l’arc de triomphe de l’Etoile, prévue pour la fin juillet, ne soit perturbée par des républicains ou des opposants au régime.

L'arc de triomphe de l'Etoile, par François Etienne VILLERET, vers 1845, musée Carnavalet, Paris.

Ainsi, la cérémonie se déroula très tôt le matin et en l’absence du roi.

 

            3° Le projet d’intervention en Espagne, la chute du ministère Thiers (août à septembre 1836) – L’Espagne, depuis maintenant quelques années, était agitée par d’importants troubles.

 

a) Le règne désastreux de Ferdinand VII : comme nous l’avons vu précédemment, le souverain espagnol Ferdinand VII, chassé du pouvoir par les libéraux, avait été restauré en 1823 à l’issue d’une victorieuse campagne militaire[10].

Ferdinand VII, roi d'Espagne.

Ferdinand VII, à nouveau assis sur le trône, décida alors de s’attaquer aux libéraux, abolissant la constitution de 1812[11]. Ce décret, promulgué par Joseph Bonaparte, frère aîné de Napoléon, prévoyait un partage des pouvoirs : une chambre unique, élue au suffrage universel (masculin.), détenait le pouvoir législatif ; le roi d’Espagne, quant à lui, conservait l’exécutif.

Toutefois, la politique de Ferdinand VII ne fut pas d’un grand succès, l’Espagne perdant toutes ses colonies dans le nouveau monde[12] (à l’exception des îles des Antilles.).

 

Malgré quatre mariages successifs, Ferdinand VII n’eut que deux filles : Isabelle, née en octobre 1830, et Louise, née en janvier 1832.

Le souverain espagnol, représentant de la branche des Bourbons d’Espagne et lointain descendant de Louis XIV[13], était ainsi soumis à la loi salique.

Toutefois, le système de la primogéniture mâle écartait les femmes du trône, ce qui ne plaisait guère à Ferdinand VII. Ce dernier décida donc de promulguer un décret, la pragmatique sanction, afin d’assurer à sa fille la couronne d’Espagne.

 

Cette décision ne fut pas du goût de Charles Marie Isidore Benoît de Bourbon, frère cadet de Ferdinand VII (à qui la couronne devait revenir selon les règles de la loi salique.).

A la mort de Ferdinand VII, en septembre 1833, sa fille Isabelle II était trop jeune pour régner. Ainsi, une régence fut mise en place par sa mère, Marie Christine Ferdinande de Bourbon.

Isabelle II et Marie Christine Ferdinande de Bourbon.

 

Charles, frère du défunt, refusa d’être évincé du trône, et se proclama roi d’Espagne sous le nom de Charles V. Cet évènement déclencha la première guerre carliste.

A noter que la régente était plutôt soutenue par les libéraux et les centralisateurs, alors que Charles, au contraire, était proche des conservateurs, ecclésiastiques et régionalistes.

 

b) La position française : alors que le conflit carliste faisait rage, Thiers, alors ministre de l’Intérieur, avait accepté de céder à la régente la Légion étrangère, unité créée par Louis Philippe en mars 1831, dans le cadre des opérations algériennes.

Légionnaire (uniforme modèle 1831), musée de l'Infanterie, Montpellier.

 

Ainsi, en juin 1835, la Légion fut envoyée en Espagne, afin de combattre les troupes carlistes. Les légionnaires, bien que mal équipés et mal payés, remportèrent néanmoins plusieurs succès.

 

Devenu premier ministre, Thiers souhaitait désormais intervenir en Espagne, y envoyant plusieurs régiments de l’armée française.

Toutefois, Louis Philippe était farouchement hostile à l’idée de conforter un Bourbon d’Espagne sur le trône, sachant que la révolution de Juillet avait contribué à chasser les derniers Bourbons de France.

 

Thiers, faisant face à la désapprobation du roi, décida alors de démissionner en août 1836.

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[1] En novembre 1834, un ministère intégralement composé de membres du Tiers parti fut mis en place. Toutefois, ces derniers furent vivement critiqués pour leur manque d’expérience. Pour en savoir plus à ce sujet, voir le 2, section IV, chapitre deuxième, la monarchie de Juillet.

[2] Le jeune homme, né en avril 1801, était un pair de France, ingénieur des Ponts et Chaussés. Il avait été ministre de l’Intérieur au début du règne de Louis Philippe.

[3] A noter que le comte d’Argout avait été nommé ministre par Louis Philippe à plusieurs reprises (Marine, Intérieur, Commerce.).

[4] Sauzet, né en mars 1809, était un avocat d’origine lyonnaise. En 1830, il avait défendu Jean Claude Balthazar Victor de Chantelauze, ministre de la Justice sous Charles X. Pour en savoir plus sur ce procès, voir la section IV, chapitre premier, la monarchie de Juillet.

[5] Passy, né en octobre 1793, participa aux dernières campagnes de Napoléon. Hostile à la restauration, il décida de se réfugier en Louisiane suite à la chute de l’Empire. Elu député en 1830, il fut nommé ministre des finances lors de l’éphémère gouvernement de novembre 1834.

[6] Né en juillet au sein d’une famille protestante, Pelet de la Lozère épousa une carrière politique sous l’Empire. Attaqué en raison de sa religion et de sa politique libérale sous la restauration, il fut néanmoins élu député en 1827.

[7] Ce dernier était le fils de François I°, beau père de Napoléon et son adversaire implacable, décédé en mars 1835. Marie Thérèse, quant à elle, était la fille de Charles Louis d’Autriche, frère de François I°, et donc cousine de Ferdinand I°.

[8] A noter que la princesse de Bavière avait épousé François Charles d’Autriche en novembre 1824. Le mari, bien que second fils de François I°, devait recevoir l’Empire d’Autriche, son frère aîné Ferdinand étant un incapable. Toutefois, Metternich, effrayé par le machiavélisme de la princesse de Bavière, parvint à convaincre François I° de céder la couronne à Ferdinand, son fils aîné. A noter que quelques années plus tard, en 1848, la princesse de Bavière parvint placer son fils François Joseph I° sur le trône, Ferdinand I° ayant accepté d’abdiquer en sa faveur.

[9] Napoléon avait épousé Marie Louise en 1810, fille de François I°.

[10] Pour en savoir plus sur l’expédition d’Espagne, voir le 3, section IV, chapitre premier, les derniers Bourbons. A ne pas confondre avec la campagne d’Espagne menée par Napoléon dès 1808. 

[11] Pour plus de détails à ce sujet, voir le 1, section III, chapitre quatrième, l’épopée napoléonienne.

[12] L’Argentine prit son indépendance en 1810, la Grande Colombie en 1813 (Etat qui comprenait alors la Colombie, l’Equateur et le Vénézuela.), le Chili en 1818, le Mexique et le Pérou en 1821, la Bolivie en 1825, etc.

[13] Louis XIV était l’arrière-arrière-arrière grand père de Ferdinand VII.

 
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